La politique prohibitioniste a-t-elle expiré?
INTERVIEW / FEDERICK POLAK
En mars 2008, la Commission des Drogues Narcotiques des Nations Unies se réunira à Vienne, en Autriche pour réexaminer les résultats des politiques de drogues appliquées ces dix dernières années. Ce sera la première fois que la politique dite prohibitioniste, qui a stipulé l´éradication des plantations de coca, de cannabis, et de pavot ne va pas recevoir un chèque en blanc. Au contraire, elle sera évaluée à l´aune de son efficacité.

nome da saúde pública, por exemplo, revistas francesas publicaram conselhos aos usuários de cocaína sugerindo que eles usem "soluções salinas" e "não compartilhem papelotes da droga" para poupar suas vias aéreas superiories. Outro conselho veiculado nas publicações é: "se você tem sangramentos nasais, é sinal que é hora de parar". A Espanha e a Holanda têm salas para usuários (as narcosalas) onde drogas ilegais podem ter sua pureza avaliada e podem usadas em um ambiente seguro.
"L´ONU s´est opposée à la politique de réduction des dommages avec l´argument que cela faciliterait l´usage des drogues, mais il existe des études qui montrent que ce lien n´existe pas", explique Frederick Polak, dont les années d´expérience comme psychanalyste au Service Municipal de Santé du Département des Drogues d´Amsterdam l´ont amené à défendre la politique de réduction des dommages, et qui sera présent lors de la rencontre de Vienne.
C´est aussi la première fois que la politique de réduction des dommages sera discutée ouvertement et ses différents défenseurs auront l´opportunité d´apparaître publiquement. Ceux qui proposent cette politique pensent qu´une règlementation prudente des drogues causerait moins de dommages que la politique actuelle qui prétend que l´usage n´existe pas ou lance sur les usagers son appareil repressif draconien.
Au nom de la santé publique, des revues françaises, par exemple, ont publié des conseils aux usagers de cocaïne suggérant qu´ils utilisent des "solutions salines" et "qu´ils ne partagent pas les papiers qui contiennent la drogue" pour protéger leur narines. Ou encore: "si votre nez saigne, il est temps d´arrêter". L´Espagne et les Pays-Bas ont des salles pour les usagers de drogues (ou Narcosalas en Espagne) où la pureté des drogues achetées illégalement est vérifiée et où elles peuvent être consommées dans un environnement sûr.
Mais le thème le plus controversé ne rencontre même pas toujours l´unanimité. Interviewé par Comunidade Segura, Frederick Polak confia que la réaction négative qu´il a pu constater chez certains interlocuteurs à Rio de Janeiro n´est pas étonnante. "Même aux Pays-Bas on ne peut pas dire que la majorité est en faveur de la législation des drogues.", dît le psychiatre qui ajouta que "la rencontre de Vienne va aussi lancer "l´année de la réflexion", lors de laquelle les gouvernements et la société civile seront appelés à analyser avec plus de sobriété ce que signifie l´usage de drogue en termes de santé et de sécurité.
Vous avez mentionné qu´il existe trois positions principales à propos de la politique de prohibition des drogues. Quelles sont-elles?
Il y a ceux qui sont en faveur de la réduction des dommages sans que l´on touche à la prohibition. Il y en a d´autres qui pensent que la feuille de coca et le cannabis doivent être retirés de la liste des plantes interdites. Finalement, il y a ceux qui considèrent que les drogues sont dangereuses, mais que la prohibition est encore plus préjudiciable pour la société et peut par exemple amener au crime, et ils défendent donc la légalisation. L´année 2008 sera donc une "année de réflexion" menée par les Nations Unies et dédiée à la discussion sur ces positions pour qu´en 2009, on puisse être témoins de la naissance d´une politique en matière de drogues.
Selon vous, apprendre aux enfants à dire non à la drogue ne fonctionne pas?
Selon des études récentes, les enfants qui ont participé au programme Dare aux Etats-Unis, sont, en réalité, plus vulnérables aux drogues que ceux qui n´y ont pas participé.
De plus en plus de drogues semblent apparaître et trouver leur place dans la société. Marijuana, cocaïne, héroïne, ecstasy... N´est-ce pas?
Oui, peut-être qu´en général c´est vrai. Mais, dans certains cas, il n´y a pas de superposition des habitudes. Par exemple, on a rendu compte que le cannabis diminue l´usage d´alcool. Cependant, quand les hollandais usagers de cannabis vont en France (où ils ne peuvent pas emmener de marijuana), ils la substituent par l´alcool.
L´usage de drogue varie beaucoup selon les pays. Par exemple, en Grèce, où il existe l´habitude de consommer du vin, l´usage de marijuana est faible, alors qu´en Italie, où il existe aussi cette habitude, la consommation de cannabis est élevé. Nous ne savons pas encore comment comptabiliser les variables.
La dépendance est-elle un handicap?
Etre dépendant ne signifie pas que l´individu ne soit pas capable d´arrêter de consommer la drogue, mais cette coupure est difficile. On peut dépenser beaucoup d´argent pour maintenir le vice, allant jusqu´à la limite de commettre des crimes. Cela peut signifier que l´individu ne se sent pas heureux sans les moments de plaisir que l´usage de la drogue lui procure et que vivre sans cela n´a pas de sens.
Mais cela ne signifie pas que la personne soit handicapée dans le sens d´être capable d´avoir une vie productive. Embrassant la cause de réduction des dommages, l´individu peut être un usager de drogues pendant toute sa vie, vivre jusqu´à 80 ans et mourir pour d´autres raisons.
Pourriez vous mieux l´expliquer?
Un exemple connu est le médecin William Stewart-Halstead, connu comme le père de la chirurgie nord-américaine, qui vécut jusqu´à un âge assez avancé, fut un grand médecin, et cependant un usager secret de morphine (la morphine est une drogue de la famille de l´héroïne). Il utilisait la drogue de façon contrôlée.
La légalisation de la marijuana a-t-elle conduit à une explosion de la consommation aux Pays-Bas?
Les gens ont toujours peur de ce qui peut arriver après qu´une drogue soit légalisée, mais dans le cas des Pays-Bas la légalisation n´a pas abouti à une explosion de la consommation. La consommation des Pays-Bas est dans la moyenne des pays européens et derrière, par exemple, le Royaume-Uni. Mais, encore une fois, la légalisation ne peut pas être confondue avec la liberté totale. Elle signifie l´usage de la drogue sous un strict contrôle, plus fort par exemple que celui sur l´alcool aujourd´hui.
Quel type de contrôle?
Aux Pays-Bas, un adulte peut acheter des petites quantités de cannabis-cinq grammes- pour l´usage personnel et peut consommer la drogue dans les bars. Nous utilisons le terme cannabis et non marijuana parce que la classification cannabis englobe la marijuana et le haschich.
Pourquoi la prohibition a autant de succès comme politique publique?
Ceux qui en profitent le plus sont les hommes politiques et les policiers qui peuvent prétendre qu´ils ont besoin de plus d´armes, de s´entraîner à l´étranger et s´attribuer des missions importantes.
Jusqu´à maintenant, la réduction des dommages n´existe que dans la théorie. Son application implique des changements dans les lois internes. Ce fut-il le cas aux Pays-Bas?
Aux Pays-Bas, le programme de réduction des dommages appliqué à l´héroïne a été créé après un difficile débat politique. Même ainsi, elle est seulement acceptée en tant que recherche médicale. Nous ne sommes pas autorisés à prescrire de l´héroïne, seulement de la codéine et de la morphine. Pour prescrire de l´héroïne, il faudrait changer la législation. Il se passe la même chose en Suisse. Seulement en Allemagne la législation a été modifiée pour être appliquée à des traitements de réduction des dommages.
Les Pays-Bas sont-ils favorables aujourd´hui à la politique de réduction des dommages?
Aux Pays-Bas, des études sont en cours sur la possibilité de prescrire des amphétamines et de la cocaïne, mais la situation politique a changé. Désormais, deux des trois partis politiques sont religieux et, en tant que tels, ignorent les données scientifiques, donnant préférence à ce que j´appelle des arguments "pseudo-éthiques".
Il y a des psychiatres qui s´opposent à la légalisation des drogues parce qu´il y a toujours un pourcentage de la population qui est plus vulnérable aux psychoses induites par l´usage de drogue, ce qui provoque des souffrances pour la vie entière, quelle est votre position?
C´est vrai, mais la prohibition ne provoque-t-elle pas ses propres maux?
Aux Etats-Unis, un pays fortement attaché à la politique de la prohibition, il y a des exemples des effets destructeurs de la prohibition comme politique dominante. Que dire de toutes les personnes arrêtées pour détention de marijuana? Que dire des mères qui perdent la garde de leurs enfants pour montrer des signes de consommation de marijuana? Les étudiants arrêtés pour consommation de marijuana, par exemple, peuvent perdre l´éligibilité pour des bourses d´étude. Cela a amené plusieurs organisations à aboutir à la conclusion que ce type de dommage ne peut continuer ainsi. Parmi elles, il y a Etudiants pour des Politiques de Sensibilisation aux Drogues, Drug Sense et Leap (policiers contre la prohibition), pour en citer seulement quelques unes.
A propos des drogues en soi, pourquoi la réduction des dommages a-t-elle commencé avec l´héroïne?
Les autorités sanitaires se sont intéressées à la réduction des dommages quand on a découvert que les héroïnomanes étaient en train de disséminer le Sida par l´usage de seringues usagées. Ce fut le moment clé quand la décision fut prise de mettre la science au premier plan.
Mais la portée de la réduction des dommages est très limitée. Elle s´applique à l´héroïne et au cannabis. Et la cocaïne, par exemple?
Il y a une petite étude qui a été réalisée à Zurich, qui aborde la possibilité de la réduction des dommages pour les usagers de cocaïne. Mais le fait est que malgré le fait que les personnes impliquées affirment avoir obtenu des résultats positifs et que le coordinateur de l´étude a été invité à l´approfondir, cela ne dura pas. Elle fut suspendue par les pressions politiques. Il existe des informations disponibles sur cette étude, mais en Allemagne.
Vous avez mentionné que les attitudes peuvent changer au sein d´un même pays.
Oui. En Allemagne, dans les années 60, quand l´usage de drogues était associé à la classe moyenne et à la culture hippie, il était toléré. Récemment, quand la drogue est devenue associée aux immigrés, aux personnes sans espoir d´ascension sociale, aux exclus, l´attitude en général fut intolérante, plus répressive et par conséquent, plus violente.
Que penseriez-vous d´un grand pays comme le Brésil, où un segment entier de la population vit dans des conditions défavorables, en marge de la société?
Il n´y a pas d´études à ce sujet. J´aimerais en savoir plus.
Pour en savoir plus:
Coca: droga ou tradição (en portugais)
Plano Colômbia em xeque (en portugais)
Fondation Holandaise pour la Politique de Drogues (en anglais)
Institut Transnational (en anglais)
Stop the drug war (article sur la rencontre de 2008 à Vienne, en anglais)






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