Des chercheurs font le bilan du référendum sur les armes au Brésil
Huit mois après la déroute du “oui” au référendum, l’Iser lance ce lundi (17), “le référendum, du oui au non: une expérience de la démocratie brésilienne”, un ensemble de textes qui se proposent d’analyser les raisons qui ont poussé la population à clamer un “non” sonore à ceux qui défendent un contrôle d’arme plus rigide comme partie de la politique pour combattre le crime et la violence armée.
Cette étude fait le bilan de tout le processus électoral concernant le référendum sur les armes, depuis le marketing politique jusqu’à l’intolérance publique vis à vis de la corruption et du manque de sécurité, en passant par les campagnes à la télévision, à la radio et sur internet et l’appui de l’église. Le lancement aura lieu à la Maison de Rui Barbosa, à Rio de Janeiro, et comptera avec la présence des auteurs.
Maria Aparecida Mota, Bernardo Sorj, Maurício Lissovsky, Sérgio Muylaert, Christina Vital da Cunha, Gláucio Soares et Flávio Conrado donnent leur vision de ce que représente le référendum pour la démocratie brésilienne et ils analysent comment une société qui a participé activement à la campagne du désarmement a dit “non” à la prohibition du commerce des armes et a opté pour le droit d’avoir des armes chez soi.
Le 23 octobre 2005, près de 100 millions de Brésiliens et de Brésiliennes sont allés aux urnes décider si la vente d’armes à la population civile serait interdite ou non , dans le premier référendum de l’histoire de la République. A en juger par la participation de la population à la Campagne de Remise Volontaire d’ Armes qui a recueilli en un an près de 500 mille armes à feu, le “oui” à la prohibition avait la victoire garantie. Ce n’est pourtant pas ce qu’on a pu voir à la fin de la journée, à la sortie du résultat des urnes.
Le “non” à la prohibition a remporté 64% des votes, alors que le “oui” a remporté 36% des votes. Le résultat du référendum montre que la plupart de la population n’est pas en faveur de la prohibition de la vente d’armes à feu à la population civile. Cependant il montre aussi que près de 33 millions de personnes trouvent que le citoyen ordinaire ne doit pas acheter d’arme dans le commerce. Et elles ont sans doute de bons motifs pour le croire.
Mauricio Lissovsky, docteur en communication, a analysé les stratégies de marketing politique adoptées par les deux camps dans son article intitulé “ la campagne à la télévision et le problème du Oui qui était Non”. D’après lui, l’un des facteurs qui a joué contre la campagne du “oui” est le fait d’avoir traité la décision de voter pour la prohibition de ventes d’armes comme une continuation de la campagne de désarmement. “ La campagne du Oui na pas été capable de percevoir la disjonction entre le référendum et les campagnes antérieures en faveur du désarmement. L’erreur stratégique majeure a été d’ignorer que l’appui populaire au désarmement ne pouvait pas automatiquement être transformé en vote Oui”, complète-t-il.
L’anthropologue, Christine Vital da Cunha, a coordonné 39 groupes dans quatre capitales de quatre états brésiliens pour élaborer son article intitulé “Référendum des armes: propagande télévisée et perception de la population ” où elle analyse l’impact des campagnes de télévision sur l’opinion publique. Christina est d’accord avec Lissovsky. D’après elle, le désarmement et le “oui” n’étaient pas la même chose. “Pour la population, interdire la vente sur le marché legal n’était pas la solution du problème. Interdire le commerce illégale l’était. Le “non” a su utiliser cette confusion en sa faveur”, dit-elle.
Quant au sociologue Bernardo Sorj, auteur de l’article “internet, espace public et marketing politique: entre la promotion de la communication et le solipsisme moraliste”, il examine le rôle de l’internet utilisé comme média par les deux camps impliqués dans le référendum. Sorj compare la liberté d’expression d’internet à l’économie de marché où “ plus il y a de liberté, plus les résultats sont bons” et il argumente que “l’espace public exige un effort d’éducation, de construction d’espaces collectifs et un minimum de réglementation pour fonctionner de manière responsable“.
Pour le sociologue, le camp qui défendait la prohibition de vente d’armes à la population civile n’a pas su mettre à profit les ressources offertes par l’internet; il a été massacré par l’efficience avec laquelle le camp du “non”a utilisé l’internet comme média. “Les ONGs au Brésil ne sont pas préparées à des campagnes politique où l’adversaire emploie toutes les armes possibles pour renverser l’oppositeur”, conclut-il.
Comme l’écrit Samyra Crespo, l’organisatrice du travail pendant la présentation, “les couleurs et les émotions de cette campagne qui a mobilisé des membres expressifs de la société civile brésilienne, des parlementaires, le gouvernement et les médias, ainsi que les questions dramatiques qui ont marqué le référendum, sont décrites dans la série d’articles que nous avons publiés et dont le but est de nous permettre de faire un bilan des faits”.
Mais, cela aurait-il pu être différent? Pour Lissovsky, cette question est difficile à répondre, car un message peut être compris de façon différente suivant le contexte. “Dans ce cas, le contexte n’était pas favorable et les raisons du “oui” contrariaient le sens commun”, explique-t-il.
L´étude complète (e portugais)
L´étude complète (en anglais)
Voir aussi:
Unesco: 5.563 vies épargnées par le désarmement au Brésil en 2004 (en portugais)





